jeudi 25 mai 2017

Partenariat équilibré


Les Etats-Unis octroient 38 Milliards d'aide militaire à Israël sur 10 ans et vendent pour plus de 110 Milliards d'armes à l'Arabie Saoudite, 350 Milliards sur 10 ans. Cher l'épouvantail iranien, encore plus que l'Irak en son temps ! 
C'est comme si l'Arabie Saoudite finançait le don militaire américain à Israël. Les Etats Unis donnent à Israël d'une main pour reprendre aux Saoudiens de l'autre. Comme quoi ce sont toujours les Arabes qui déboursent, mais qui jamais n'en profitent, pour entretenir des conflits qui servent souvent les intérêts d'Israël.  
Quand aux 2 Milliards d'aide qu'ils ont promis à l'armée libanaise pour affronter le terrorisme, désolé mais ils sont à cours de liquidité ...

mercredi 24 mai 2017

la faim justifie les moyens


Palestine : Les prisonniers politiques en sont à leur 38ème jour de grève de la faim dans l'indifférence générale tant du Sommet de Riyad que lors de la visite de Trump en Israël. C'est toute la Palestine qui a faim avec eux, une faim de justice, de liberté, d'unité, d'indépendance et de dignité. 
Un sacrifice mais aussi un acte à forte portée politique qui devrait permettre aux dirigeants palestiniens de transcender leurs divisions et de sceller une réconciliation plus existentielle que jamais et tant redoutée par Israël. La cause palestinienne ne pourra jamais aboutir tant que demeure les divisions géographiques et politiques actuelles.
Pendant ce temps Mahmoud Abbas, plus désemparé et pathétique que jamais, écoute sans broncher Trump désigner le Hamas de mouvement terroriste alors même qu'il vient d'entamer un tournant historique et une modification fondamentale de sa charte. Par contre pas un mot du Président américain sur le gel de la colonisation, sur les droits du Peuple Palestinien, sur la solution des deux États, sur la reconnaissance de l'Etat Palestinien !! Comment M. Abbas pourra-t-il siéger demain dans un gouvernement avec une organisation qualifiée de terroristes ? 
Avant que de se libérer d'Israël c'est autant de leurs dirigeants que les Palestiniens devraient se libérer ...

mercredi 17 mai 2017

DE LA NORMALISATION DE L'ANORMAL

A quelques jours de la visite de Trump en Arabie Saoudite puis en Israël les informations relatives à une nouvelle proposition des Etats du Golfe se confirment. Mardi, le Wall Street Journal a déclaré que ces derniers avaient proposé de prendre des mesures concrètes pour établir de meilleures relations avec Israël. Une offre de normalisation des relations en échange d’un gel partiel de la colonisation et de « mesures concrètes » pour améliorer la vie des Palestiniens, dont un allégement des restrictions commerciales sur la bande de Gaza, sans pour autant exiger qu’Israël déclare un retrait de toutes les régions occupées en 67.
Cette proposition est incluse dans un document de position élaboré par les Etats du Golfe sous la direction de l’Arabie Saoudite – y compris le Qatar, Dubaï et les Emirats Arabes Unis dans le cadre de discussions internes. Israël et les Etats Unis auraient été informés du contenu du document. Ce rapport arrive un jour après la rencontre entre le Prince héritier d’Abu Dhabi, Mohamed Bin Zayed al Nahyan et le président Trump à Washington en vue de la préparation d’une réunion entre le président et les dirigeants musulmans lors d’un sommet en Arabie Saoudite. 

Cette initiative n’est pas vraiment une surprise et était annoncé par de nombreux signes avant-coureurs qui préludaient à un dégel entre certains pays arabes et Israël, notamment la crainte commune représentée par l’Iran et la coopération dans la lutte contre le terrorisme pour invoquer les prétextes officiels. Cependant il n’y avait aucune indication précise sur le contenu et la portée de l’initiative. A plusieurs reprises les dirigeants israéliens avaient fait des déclarations qui allaient dans le sens d’une amélioration des relations et d’une détente entre Israël et les Etats conservateurs sunnites du Golfe. En février dernier, le Wall Street Journal révélait les intentions de l'administration Trump de créer une alliance militaire incluant les puissances du Golfe et Israël dans le but de lutter contre leurs ennemis communs, l'Iran et le terrorisme. Selon les mêmes sources, l'Arabie saoudite et les Emirats souhaitaient que les États-Unis annulent la loi permettant aux familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 de poursuivre leurs gouvernements devant les tribunaux américains, en échange d'accepter de coopérer avec Israël.

Après la fin de non recevoir cinglante, méprisante et humiliante d’Israël à leur initiative de paix “historique” de Beyrouth - déterrées récemment dans un premier temps par un Netanyahu confronté à d’autres initiatives mal venues qu’il fallait éviter, puis vidée de son contenu avant que d’être à nouveau enterrée – voici que les Etats du Golfe dits « modérés » présentent une nouvelle offre inédite, voire inespérée, à Israël qui consiste en une normalisation des relations avec des conditions revues à la baisse. Nous nous doutions déjà que la normalité était un concept quelque peu relatif pour les Etats du Golfe nous en avons désormais la confirmation.
Parmi les mesures de normalisation l’établissement de lignes de télécommunications directes entre Israël et certains pays arabes, le survol des compagnies d’aviations israéliennes de leur espace aérien, l’abolition des limitations aux échanges commerciaux, l’octroi de visas aux athlètes et hommes d’affaires israéliens.



Inédite elle l’est sans aucun doute du fait qu’elle relève de la capitulation et de l’abdication pure et simple en échange de concessions infimes qui n’en sont même pas. Une main tendue qui s’apparente à de la mendicité et à un signe univoque de faiblesse, en direction de l’Etat Hébreux. Certes à l’issue du « printemps arabe » Israël est plus fort que jamais en terme de puissance et de sécurité mais il vient de subir revers sur revers quand à sa politique de colonisation, notamment avec l’adoption le 23 Décembre 2016 de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité exigeant l’arrêt des activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé. Voici à présent que les Etats du Golfe dilapident sans contrepartie les potentialités d’une telle résolution rendue uniquement possible grâce à l’abstention des Etats-Unis, transformant cette avancée en une victoire à la Pyrrhus.

Leur proposition gèle ainsi définitivement l’initiative arabe de Paix de Beyrouth et met aussi en péril les acquis de la résolution 242 du Conseil de Sécurité. Cela constitue un renoncement aux droits inaliénables du peuple palestinien consacrés par le droit international. En échange d’un geste à moindre coût, ils dispensent ainsi Israël de se conformer à ses obligations et aux décisions contraignantes de la légalité internationale. Ils se départissent d’une arme de pression et d’une carte de négociation en échange d’une supplique qui relève de la mendicité.

Un gel partiel, pas même l’arrêt de la colonisation et la rétrocession des territoires. Un gel qui ne s’appliquerait qu’à la Cisjordanie, pas même à Jérusalem Est qui a atteint le point de non retour, et qui ne concernerait que les constructions en dehors des blocs de logements déjà existants. Même le BDS va plus loin que les Etats arabes !
Comment peut on concevoir une normalisation avant la paix, avant même des négociations sur le statut final et la reconnaissance de la Palestine dans les frontières de 67 ? La triste vérité est que nombres d’Etats arabes ont normalisé depuis longtemps leurs relations avec l’Etat Hébreux. Et puis il faut garder à l’esprit les priorités, il y a plus urgent et pressant que la Palestine, cette dernière attendra bien encore un peu. N’est-ce pas l’Iran qui représente la véritable menace pour le monde arabe ? Un épouvantail efficace qui les a même détournés de la cause palestinienne et les a entrainés dans des conflits fratricides de la Syrie au Yémen ?

Une fois encore des Etats arabes consentent de leur plein gré à des concessions substantielles et unilatérales pour quémander un droit pourtant déjà consacré et reconnu. Le tout en contrepartie d’un gel partiel de la colonisation, qui faut-il le rappeler est illégale dans le fond comme dans la forme selon le droit international et au regard de l’ensemble de la communauté internationale. Une proposition qui donne gain de cause à Israël et entérine sa politique des faits accomplis.

Et dire qu’il fut un temps où les Arabes prétendaient, projet pour le moins ambitieux, vouloir libérer l’ensemble de la Palestine et refusèrent, au grand bonheur d’Israël, le plan de partage de 1947. Puis ils se contentèrent des frontières de 67, abandonnèrent progressivement et subrepticement le droit au retour, reconnurent Israël à Oslo en renonçant à 78% de la Palestine historique en échange de moins que rien, pas même d’une reconnaissance par Israël de l’Etat Palestinien.
Qui veut le plus ne peut souvent que le moins mais persiste à demander toujours plus pour finalement accepter toujours moins. Encore quelques années et les Arabes finiront par accepter un Bamboustan semi- autonome réduit à la Bande de Gaza et des enclaves désarticulés dans ce qui restera de la Cisjordanie, le tout sous souveraineté partagée égyptienne, israélienne et jordanienne.
En proposant, avant même la conclusion d’un accord de paix, normalisation économique, et donc diplomatique, ils offrent à Israël la reconnaissance qu’il recherche désespérément et une intégration régionale à un coût dérisoire mais exorbitant pour les Palestiniens. Ils donnent ainsi raison à Israël et le conforte dans son arrogance et sa stratégie de maintien du statut quo qui table sur le temps et son œuvre d’érosion. Une stratégie lui permet d’étendre le fait accompli par la force et la violation du droit encouragé par une impunité totale et par la passivité, la lâcheté, l’hypocrisie et la duplicité des dirigeants arabes qui ne reculent devant aucune compromission et abandonnent les Palestiniens à eux-mêmes dans un face à face déséquilibré et mortifère avec Israël.
Dans l’esprit des dirigeants israéliens, de droite comme de gauche, l’absence d’un accord de paix est du pain béni pour Israël, un objectif en soi, même s’il s’agit d’une vision qui a terme pêche par manque de rationalité et desserre le projet sioniste. Il est évident que le prix de la paix, en terme de concessions qu’il n’est pas disposé à faire, serait de loin plus élevé pour Israël que celui de ne pas parvenir à un accord. Du reste, il pense ne tirer que des dividendes de l’alternative incarnée par la situation actuelle de ni guerre ni paix : Expansion des colonies, poursuite de l’aide militaire américaine, de l’occupation, maintien de la cohésion interne de la société israélienne, etc.  En réalité le prix pour Israël, son peuple, sa démocratie et sa survie sera énorme.

Du reste, Israël n’a que trop rarement respecté ses engagements même lorsque les accords lui étaient entièrement favorable à l’instar d’Oslo. Face à Israël seuls l’internationalisation, la fermeté, la confrontation, la dissuasion et le langage de la force se sont avérés payants. Israël n’a jamais signé d’accord ni de traité lorsqu’il était en position de force et ce n’est qu’acculé et sous pression qu’il a dû consentir à des concessions. Des décennies de reculs, de compromis, de gestes de bonnes fois, de concessions unilatérales n’ont fait que renforcer Israël dans ses refus catégoriques, qu’il a opposé même à ses alliés les plus proches, et dans ses conditions rédhibitoires.
Les Arabes n’ont jamais rien obtenu en présentant en front désuni ; Israël a toujours manœuvré afin d’isoler ses adversaires et de diviser pour mieux régner et s’est constamment évertué à obtenir des traités de paix séparés.

Les pays du Golfe devraient garder cela à l’esprit, mais ont-ils jamais tiré les leçons du passé et de leurs innombrables erreurs ?


samedi 13 mai 2017

LE CRIF FAIS MARCHER MACRON AU PAS


Les premiers pas d'"En Marche" aux législatives soigneusement scrutés par le CRIF. Plusieurs investitures n'ont pas réchappées à l'oeil inquisiteur du CRIF et de la LICRA. Ainsi la candidature de Christian Gerin a été suspendu par le mouvement au motif d'anti sémitisme; "l'accusé"sera déféré devant la commission "d'éthique" de la République en Marche. En cause une série de Tweets décortiqués par les chiens de gardes attitrés et jugés trop pro-palestiniens; un qualificatif qui est l'anti-chambre de l'anti-sémitisme. 
M. Gerin avait eu le culot de critiquer les relations entre le CRIF et les responsables politiques et appelé à une "séparation du CRIF et de l'Etat", un crime de Lèse- laïcité. Il avait aussi poussé la forfaiture jusqu'à soutenir le BDS, une position raciste des plus répréhensible qui selon M. Netanyahu relève carrément du nazisme. 
Il est vrai que parmi les positions "courageuses" du candidat Macron figurait la condamnation du mouvement de Boycott pour motif d'illégalité. 
L'intéressé a reconnu être "sensible aux malheurs des Palestiniens", un aveu implicite de sa culpabilité et de la gravité des faits qui lui sont reprochés. Deux autres candidats victimes de cette chasse au sorcière. Comme il se doit la nouvelle a été très peu relayé par les médias francais. Heureusement que le "Front Républicain" a sauver la démocratie, l'égalité et la liberté d'expression des griffes du F.N...

samedi 6 mai 2017

ET LA PALESTINE ? LETTRE A M. MACRON



A présent que votre élection semble assurée, j’aimerai m’adresser au futur président de la République française et non plus au candidat soumis aux impératifs de la campagne électorale.
Permettez-moi de vous interpeller sur une question de politique étrangère, domaine où vous êtes encore novice et sur lequel vous avez été, fort heureusement pour vous, peu sollicité. J’aimerai plus particulièrement insister sur la question de la Palestine, grande laissée pour compte de la campagne et m'étendre sur vos déclarations dont certaines sont presque passées inaperçues, ou du moins ont été très peu débattues et commentées. 

On s’en est considérablement pris à M. Mélenchon, à raison, quant à ses déclarations - pour le moins contestables et simplistes - sur la Syrie et qui lui ont d’ailleurs valu le désaveu de nombreux militants de gauche. Mais qu’en est-il de vos positions concernant le conflit israélo-palestinien ?
Contrairement à M. Mélenchon, à M. Fillon ou à Madame Le Pen, vos prises de position ont bénéficié d’une indulgence hors normes même si à leur instar vous faites aussi preuve d'une indignation sélective. Mais revenons, si vous le permettez, sur le contenu de vos déclarations ainsi que sur le diagnostic et les solutions, usitées et réchauffées, que vous proposez. 

Vous déplorez, à raison, le recul de la France, de sa présence et de son rôle au Moyen Orient. Un constat lucide, amer et indiscutable que l'on pourrait  imputer essentiellement à une série de choix hasardeux, incohérents et imprudents qui remontent au mandat du président Sarkozy et qui furent maintenus en partie par le président Hollande. Une ligne sinueuse maintes fois désavouée tant par les faits et les résultats que par les alliés même de la France. Autant sur la Syrie que sur l’Iran, la France s’est retrouvé isolée, marginalisée et sur la touche. Du reste, il est inutile de revenir sur les conséquences désastreuses de l’intervention en Libye, sur le silence assourdissant autour du Yémen ou sur les relations indécentes avec l’Arabie Saoudite et le Qatar. 

Mais revenons-en à la Palestine objet de notre désaccord dont le point de départ remonte à votre déplacement à Beyrouth, symbole de la résistance arabe à Israël, capitale d'un pays toujours sous occupation, qui paye encore le prix fort de la cause palestinienne, de la guerre en Syrie, du terrorisme et de la montée des mouvements djihadistes.
C'est ici même que vous avez eu l’arrogance et l’irrévérence de vous déclarer contre le mouvement de boycott des produits israéliens en provenance des territoires palestiniens occupés, reconnus comme tels par la justice internationale et les résolutions des Nations Unis. Vous avez également refusé de vous exprimer sur l’idée d’une reconnaissance de l’Etat de Palestine, alors qu'elle fait désormais l'objet d'un large consensus et qu'elle est déjà intervenue dans les faits et dans le droit. Vous vous êtes aussi prononcé contre les pressions exercées à l’encontre d’Israël.
En substance vous avez inconsidérément tenu les propos suivants :
« Le boycott d’Israël a été condamné par la France et il n’est pas question de revenir là-dessus » avez vous déclaré lors d’une conférence à l’Ecole supérieure des affaires, en référence à un arrêt de la Cour de cassation, en 2015, qui a rendu ce mot d’ordre illégal.

Alors que tous avaient encore en mémoire les polémiques autour de la Conférence de Paix qui s’était tenue une semaine auparavant à Paris - une réunion dont Israël a critiqué la volonté de vouloir imposer de l’extérieur une solution au conflit, allant jusqu’à faire le parallèle odieux avec l’affaire Dreyfus - vous avez réaffirmé, toujours depuis le Liban, votre soutien à une solution à deux États, et votre refus d’orienter la politique israélienne en exerçant une pression diplomatique ou économique.  Une manière selon vous de faire entendre une autre voix mais une approche usitée qui s’apparente toujours à la langue de bois et dont l'inefficacité est avérée. 
Alors ministre de l’Économie, vous avez même affirmé lors d'une visite en Israël votre volonté d’intensifier les relations commerciales franco-israéliennes notamment dans le secteur de l’énergie : « J’ai fait part de notre volonté, au travers des entreprises françaises, de participer à l’ouverture du marché du gaz en Israël ».
Plus tôt en 2016, un signal, volontaire ou non, avait été envoyé aux partisans du BDS. Lors de protestations faisant suite à la Loi Travail, un homme portant un maillot arborant le slogan « Free Palestine » vous avait abordé et vous lui aviez alors répondu : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre T-Shirt ! ».

Dans votre optique il s’agit donc de « laisser faire, laisser aller », de ne rien faire et surtout de n’exercer ni pression ni contrainte sur Israël… Une stratégie inefficace dont le seul résultat a toujours été le sabordage du processus de paix. En aucun cas il ne faudrait bousculer et indisposer Israël ; il suffit donc de compter sur la bonne foi et la bonne volonté de ses dirigeants et leur soif de paix. On conviendra, au demeurant, qu'il soit plus aisé et moins périlleux de mettre la pression sur les plus faibles, les Palestiniens en l’occurrence.

Des propos irrecevables, irréalistes et déplorables qui traduisent soit une inquiétante naïveté, soit une regrettable méconnaissance des faits, du droit international et de l’histoire, soit une insoutenable mauvaise foi de votre part. Votre position est désastreuse pour la France, pour les Français de confession juive ou musulmane, pour l'ensemble du monde arabe, pour le peuple palestinien, ses droits et sa dignité, et enfin pour l’avenir d’Israël, sa démocratie et sa sécurité.  Pour un candidat qui respire la modernité, qui se  veut progressiste, humaniste et démocrate et qui s'érige en rempart au F.N., on aurait osé espérer mieux.
Cette position est d’autant plus incompréhensible et paradoxale que vous avez décrété d’Alger que le colonialisme était « un crime contre l’humanité » ! Vous voici pourtant bien indulgent et timoré à l’égard du dernier Etat colonialiste de la planète.
Certes, il est bien plus facile, et moins couteux, de s’en prendre aux expéditions coloniales du XIXème siècle et de s'exprimer avec le recul que de dénoncer ceux qui sont toujours en cours. Hormis quelques voix indignées émanant de l'extrême droite ou de la droite républicaine dure, de nostalgiques du "temps béni" des colonies et d’anciens de la Coloniale, vous ne risquez pas grand chose ou si peu. Des mécontents qui ne sont pas en mesure de peser sur l’élection ni de vous porter préjudice; bien au contraire il est de bon ton de les avoir à dos et l’on sait d’avance où iront leurs voix.   

Pourtant le colonialisme auquel s'adonne Israël est le pire de tous, ne fut-ce que parce qu’il est encore d’actualité au XXIème siècle et qu'il se poursuit de manière éhontée, en toute illégalité et impunité. Les colonies et leur extension ont pourtant été clairement condamnées par la France, par l’Europe et par l’ensemble de la communauté internationale. La colonisation a été définie pour ce qu’elle est : du racisme et de l’apartheid. Elle a même fait l’objet, pas plus tard qu’en décembre 2016, d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unis à laquelle même les Etats Unis se sont abstenus d’apposer leur véto.
Effectivement, le colonialisme peut être défini comme un crime contre l’humanité, a fortiori celui de l'Etat d'Israël. La politique coloniale suivie par le mouvement sioniste n’essaye même pas d’entretenir l’illusion de vouloir véhiculer le  « progrès »  et « la civilisation » et de faire avancer la cause des peuples colonisés. Elle ne cherche pas à coloniser les êtres mais uniquement leurs terres qu'elle tente de s'approprier pour en éradiquer les propriétaires et leur culture. Une annihilation pure et simple, une volonté de rayer de la carte un peuple et une nation.  Elle ne prétend apporter aucun « bienfait »; elle ne vise à établir ni statut organique, ni infrastructures, ni services publics ni bien être économique ni Etat ; elle n’entend pas exporter des principes et des valeurs. En cela elle présente de nombreuses similitudes avec la conquête de l’Ouest menée par les colons américains et avec le sort qui fut réservé aux indiens. Pour ce faire, Israël a nié l’existence même de tout un peuple, de sa mémoire, de ses droits historiques et nationaux et bafoué le droit international. Des actes, vous en conviendrez, peu recommandables et pour le moins répréhensibles au regard du démocrate républicain que vous êtes et du futur Président de la République française.

Vous considérez le boycott illégal au regard du droit français mais qu’en est-il alors de la colonisation ? Ignorez-vous qu’en vertu du droit international les colonies israéliennes, sauvages ou non, sont illégales ? Elles le sont tout autant selon le droit israélien. L’Etat d’Israël est ainsi dans l’illégalité la plus absolue au regard du droit international mais aussi en porte-à-faux avec toutes les valeurs portées par la France… Est-il besoin de vous rappeler que l’Assemblée Nationale, qui représente le peuple souverain, a recommandé au gouvernement de reconnaitre l’Etat de Palestine ? Que la France par la voix de M. Fabius - alors ministre des Affaires étrangères d’un gouvernement dans lequel vous étiez ministre - puis par celle de M. Ayrault, avait exprimé son intention de reconnaître la Palestine en cas d’échec de la Conférence de Paris. Une initiative diplomatique française par ailleurs snobée par Israël à l’instar de toutes les autres conférences et propositions de paix passées et à venir. 

Vous vous prononcez contre une reconnaissance "unilatérale" de la Palestine, alors que la colonisation est l'essence même de l'acte unilatéral. Il est vrai que seul Israël a le droit de s’adonner à des actes unilatéraux et illégaux. Vous revenez ainsi sur les engagements de la France et sur ses responsabilités internationales.
Toutes ces considérations s'effacent-elles donc en raison du caractère illégal du boycott ? Une décision qui plus est constitue une atteinte flagrante à la liberté d’expression et d’association.

Vous qui êtes en résistance contre le fascisme, qui en bon républicain lui opposez la liberté, l’égalité, la diversité, vous n’êtes pourtant pas en mesure d’exprimer la moindre solidarité pour la cause du peuple palestinien victime de l’occupation, de l’oppression, du racisme et de la ségrégation. Vous rejetez d’un revers de la main toute possibilité de résistance même sous sa forme la plus pacifique, légitime et citoyenne et condamnez sans appel un mouvement mondial de solidarité.

Qu’en est-il de vos engagements envers la défense des valeurs des Lumières, de l’humanisme, de la République et de celles de l’Europe ? Qu’en est-il de vos plaidoyers en faveur de l’ouverture, du multiculturalisme, de la coexistence, de l’égalité, de la diversité et de la laïcité? S'arrêtent-ils aux frontières de la France et de l'Europe ? 

Le 10 avril, tout en prétendant comme il se doit défendre la solution des deux Etats, vous avez persisté dans l'erreur en vous aventurant encore plus loin, vous prononçant sans équivoque contre les efforts visant à faire reconnaître l’Etat palestinien. Vous avez déclaré - contrairement à Benoît Hamon, Laurent Fabius, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon - qu’une telle reconnaissance était “anticipée”, « provoquerait de l’instabilité », ne “servait à rien” et qu’elle provoquerait des “déséquilibres”. Vous exprimant sur Radio J, vous avez ouvertement rompu avec la politique consacrée par le gouvernement et affirmé que la reconnaissance de l’Etat de Palestine « ne servirait les intérêts de personne » et ne ferait que générer plus « d’instabilité » encore. « La clé, c’est de reconnaître des Etats vivant dans ce même secteur, par un travail de rééquilibrage en vue de bâtir la paix.  Si la France s’engage dans une reconnaissance unilatérale d’un Etat Palestinien, nous contribuons alors à une perte d’équilibre et nous affaiblissons la capacité de la France à jouer un rôle dans la stabilité régionale et dans ce conflit ».
Vous semblez être né de la dernière pluie ou débarquer de Mars.

Une reconnaissance « anticipée » et « unilatérale » ?? 

En effet, la résolution de partage de la Palestine ne date que de 1947, la résolution 242 du Conseil de sécurité remonte seulement de 1967 et 24 petites années se sont écoulées depuis les accords d'Oslo...  Alors que la Palestine a accédé à l’UNESCO en 2011 et a été reconnue comme Etat observateur par l’Assemblée générale des Nations Unis le 29 novembre 2012 par 138 voix pour et 9 contre, vous considérez qu'une reconnaissance par la France serait unilatérale. Vous affichez ainsi un mépris flagrant pour les résolutions des Nations Unis, pour les recommandations du quartet ainsi que pour la solution des deux Etats soutenue officiellement par la France, par l’Union Européenne par les Etats Unis et par l’ensemble de la communauté internationale.
Pour un partisan convaincu d’une Europe forte et solidaire, vous adoptez une attitude en contradiction avec celle de nombreux pays européens mais aussi avec celle de la Représentante européenne pour la politique étrangère ainsi qu'avec celle du Parlement européen qui appelle depuis 2014 à la reconnaissance de la Palestine.


Une reconnaissance « déséquilibrée » et génératrice « d’instabilité » ??

La situation actuelle et l'équilibre des forces en présence vous semblent-ils équilibrés ?  A vous entendre, le Moyen-Orient serait un havre de paix et de stabilité et l’absence d’un Etat palestinien n’est en aucun cas une cause d’instabilité et d'insécurité;  le chaos et le désordre qui règnent au Moyen-Orient depuis un siècle n'auraient aucun lien avec la question palestinienne qui ne suscite ni injustice, ni guerre, ni violence, ni terrorisme.
Quel équilibre est-il possible entre les Palestiniens et l’armée la plus puissante du Moyen-Orient qui possède l’arme nucléaire et bénéficie du soutien de la plus grande puissance mondiale ?
Entre les Israéliens et les Palestiniens, que ce soit dans la guerre ou lors des négociations, il n’existe aucun équilibre, ni des rapports de forces, ni des moyens et, certainement pas un équilibre de la terreur. 

Si telle est votre conception du déséquilibre, permettez-moi alors de m’interroger sur celle de l’équilibre qui est la vôtre. Si vous comptez suivre la même approche pour le dialogue social, pour les négociations au sein des entreprises, pour l'égalité des chances et la répartition des richesses, il y a de quoi avoir de sérieuses inquiétudes. Vos propos reflètent la même conception biaisée et irréaliste que vous avez des rapports de forces économiques et sociaux. Vous préconisez les mêmes disparités que celles qui président aux rapports sociaux notamment dans le cadre des négociations au sein de l'entreprise où l'employé et le salarié se retrouvent en position de faiblesse et ne font pas le poids face aux pressions du patron. Un face à face perdant et mortifère tout comme celui qui a lieu entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre de négociations qui marginalisent le droit international et où les Palestiniens sont laissés à eux même.
Après le déséquilibre en faveur du patronat, des actionnaires, de la finance, de la dérégulation et de la déréglementation du travail, voici le déséquilibre appliqué à la politique étrangère, le même deux poids deux mesures qui a discrédité l’Occident et affaiblit la diplomatie française.
Vous semblez aussi peu concerné par la justice internationale que vous ne l’êtes par la justice sociale. Après la dérégulation financière et la dérèglementation du travail, voici la dérégulation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la dérèglementation du droit international. Une  transposition aux relations internationales des règles de la finance, des disparités et des déséquilibres qui en découlent. Un remake de la loi de la jungle où le plus fort avale le plus faible.

« Une reconnaissance qui ne servirait les intérêts de personne »? 

Il s'agirait plutôt de l'inverse. Bien au contraire elle servirait les intérêts de tous - de l'ensemble de la région et du monde entier - hormis bien sûr celui de l’extrême droite israélienne dont vous vous faites, inconsciemment ou non,  le porte-parole alors même que vous êtes engagés dans une lutte contre l’extrême droite en France. Elle sert en premier lieu l’intérêt du peuple Israélien, l’avenir de l’Etat d’Israël, de sa démocratie et de la paix. Elle sert  la justice internationale et la crédibilité des Nations Unis fort mises à mal par les violations constantes et répétées d’Israël. Le droit international est-il uniquement, par ailleurs, une question d’intérêt ? La justice n’a-t-elle de valeur que si elle sert des intérêts, et ceux de qui ?
Allez demander aux Palestiniens à quoi cela servirait de reconnaître leur Etat, et à quoi cela a servi jusqu’à présent de ne pas le faire… Le statu quo actuel a servi à renforcer le fait accompli, à maintenir l’occupation, à favoriser l’expansion des colonies, à anéantir le processus de paix, à alimenter la violence, la guerre, la montée des intégrismes et du terrorisme que vous affirmez vouloir combattre sans merci afin de protéger la France.

Toujours lors de votre visite au Liban, vous avez revendiqué une filiation « gaullo-mitterrandienne » de votre vision géopolitique : « La présence de la France a globalement reculé au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique, son continent frère. (...) La parole de la France porte moins. (…) Sa place dans la résolution des crises est moins centrale (…). Le rôle de la France est de mener une politique d’indépendance et d’équilibre qui permet de parler à tous, et d’assurer la construction de la paix ».

Est-ce ainsi que vous comptez rétablir le rôle de la France, sa place, son aura, le respect qui fut le sien dans le monde arabe, son rayonnement comme patrie des droits de l’homme et du droit international ? 
Nos valeurs, Monsieur Macron, sont ce que nous en faisons et le moins que l’on puisse dire c’est que votre position est peu compatible avec les idéaux dont vous vous revendiquez. Sur la Palestine vous avez fait preuve d’un manque d’humanisme, de discernement et de vision.

Cher M. Macron, moi aussi je vous ai malheureusement compris et j’ai perçu toute l'étendue et l’ampleur de votre duplicité et de votre hypocrisie. Décidément, le doute et l’ambiguïté vous vont beaucoup mieux que la clarté, à tout le moins ils vous attribuaient jusqu'alors le bénéfice du doute.